L'état de ce blog m'autorisant à en faire n'importe quoi, pourquoi ne pas en profiter ? Certainement oublié au fond d'une vague liste de liens chez quelques amis indulgents, lâchons-nous...
Ici, il sera question d'écriture tapuscrite, de décrire la forme du vide, et de comprendre le concept de finalité sans fin. Sympa comme plan. Je vais faire péter le compteur de visites, je sens.
Je me demande si le passage de l'écriture manuscrite à l'écriture tapuscrite ne constituerais pas un bouleversement important dans la littérature... I explain, I try, but it's difficult, aussi difficult que speak english, so back to français, it's better.
Horizontalité. La plume glisse sur le papier en un doux chuintement agréable à l'ouïe comme au toucher de celui qui la tient. C'est doux, c'est mou...
Verticalité. Les doigts tapent sur le clavier, tap tap tap, sur chaque touche, TOUCHÉ, comme au tir, et tap tap tap, mitraillette, coup de machette, et tap tap tap. C'est dur, c'est violent.
Ainsi, on peut se demander si l'écriture à la main ne favoriserait pas un adoucissement de la langue et des idées, tandis que l'écriture au clavier n'encouragerait pas, de fait, une certaine brutalité, une certaine crudité.
La sensation de l'écrivant est modifiée, et ce de manière radicale. Isn't it ?
Personnellement, je suis assez incapable d'écrire à la main. Outre le fait que mon écriture soit à peu près illisible, j'ai beaucoup de mal à "rendre" mes idées, mes histoires, mes conneries. Tout me paraît plat et vain. Je ne me satisfait aucunement d'allonger l'écrit.
TRAITÉ MICROMÉTRIQUE DE GRAPHOLOGIE APPLIQUÉ À MOI-MÊME : J'ai vite renoncé à écrire en cursives, pour adopter une écriture "script". Tentative de taper avec un stylo ? Certainement. Écrire est pour moi un acte violent, rageur, terrible. Incompatible avec le plein et le délié, les jolies petites lettre reliées entre elles par de jolis petits ponts... tap tap tap TAP TAP TAP.Chaque lettre assénée, séparée de sa voisine par un VIDE (dont il sera question un peu plus loin), comme l'intervalle de temps entre chaque balle. Passage du continu au discret...
Décrire la forme du vide... Exercice périlleux. La couleur du vide est toujours la même. Noire. Son odeur ? Il n'en a pas, peut-être, je crois... Ni odeur, ni goût. Mon vide a malgré tout une forme... Quand je suis occupé, il se réduit à une toute petite tâche située entre mes deux hémisphères, à la limite du point. Mais, quand j'y prends garde, cette tâche s'étend, principalement vers l'arrière, allant jusqu'à occuper tout mon occiput, et parfois même au-delà. Il peut glisser vers l'avant dans le lobe frontal, mais c'est plus rare. Mon vide n'a pas une morphologie très rassurante, du genre ronde ou carrée... Non, non, non. Ses contours sont mouvants, déchiquetés, tentaculaires, pulsatiles. Quand je tente de l'attraper, il m'échappe. J'en déduis sa texture : savonneuse. Nous sommes en présence d'un savon noir écrasé, ou quelque chose s'en approchant. Je me dis que tout ça n'est pas sa faute. Non, c'est vrai, il n'a rien demandé, mon vide. Il est effrayant, certes, est-ce une raison pour le mépriser, ou le fuir... Pas très sympa. Pensons à Elephant Man, film que soit dit en passant, je n'ai jamais vu, mais comme j'adore parler de ce que je connais pas, ça tombe bien. Donc, Elephant Man "Je ne suis pas un animal, je suis un être humain", et tout, et tout. On pourrait me rétorquer que mon vide, lui non plus, n'est pas un animal, mais n'est pas pour autant un être humain... Voyez jusqu'où va votre mépris pour la différence. Non, pas très sympa. Mon vide est une petite créature seule et éplorée, accablée par son apparence. Alors que non, il n'a pas choisit. Né de papa refoulement et de maman angoisse, même s'ils peinent à le reconnaître (on les comprend, tout de même, mais merde, abandonner son rejeton...), son enfance a été très malheureuse. Rejeté, battu par ses pairs, il s'enferma dans une forme de prostration autistique extrême. J'ai décidé de l'adopter. Oh, il faudra s'apprivoiser mutuellement, certes, cela ne se fera pas sans efforts ni patience. Mais j'y crois. Oui, je crois qu'il y a une finalité à tout ça. Une finalité sans fin, peut-être, mais une finalité.
Oui, une finalité sans fin. L'autre jour, on débattait avec mon pote Bartleby sur le concept de finalité sans fin, notamment appliqué au vivant. Débat qui s'est terminé par un pitoyable "Pauvre Anne-So" (Anne-So, c'est ma femme), qui m'a laissé sur ma fin (sans finalité, pour le coup). Je dois dire que j'y entravais que dalle. Et puis j'ai trouvé ça "Mais on peut penser une finalité sans représentation claire de la volonté qui en est à l'origine ni des fins qu'elle s'est fixée". C'est là que je me suis dit, merde, n'est-ce pas une redite du fameux et éculé "Les voies du Seigneur sont impénétrables". Est-ce que ce serait pas un peu creux, comme concept (et là j'entends la rumeur de la horde de philosophes, le couteau entre les dents, la bave aux lèvres, le regard fou, prêts à se jeter sur moi à coup de phrases Kantiennes subtiles) ? Le programme génétique obéirait à la finalité, sans fin, donc, sans fin clairement perceptible, donc avec une fin quand même, mais pas perceptible, donc une finalité avec plus ou moins une fin, on sait pas, de se répliquer à la génération suivante. En quoi une finalité (avec ou sans fin) est-elle nécessaire à l'explication du vivant ? Pour autant que je sache, une vision purement mécaniste suffit. La réplication peut-être vue comme un simple mécanisme. La finalité, quelle qu'elle soit ou non, ne peut être placée qu'au-dessus. Un programme ne poursuit pas une finalité autre que celle qu'on lui a imposée. Pour faire une analogie, un programme informatique ne poursuit pas une finalité propre, il suit la finalité imposée par le programmeur. Donc, voir du finalisme dans l'évolution du vivant revient une fois de plus à une thèse créationniste, fort dangereuse et nazebrock par les temps qui courent. D'autant que, comble de l'absurde, si on reste dans une perspective finaliste, la soi-disant finalité du programme génétique va à l'encontre d'une soi-disant finalité de la nature. Puisque la nature n'assure son développement que grâce aux erreurs de programmation (mutations etc).
... Et je m'évapore.